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XXY
de Lucia Puenzo |
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XXY a obtenu le grand Prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2007 ainsi que le prix AQCC – Espoir lors du Festival du Nouveau Cinéma à Montréal à l’automne 2007. Encore une belle offrande du nouveau cinéma argentin.
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Texte : Juliette Ruer
24 iMag (www.revue24images.com)
Parution : 28 mai 2008
XXY DE LUCIA PUENZO
Pas facile, le sujet. Pas commun non plus. Le terrain n’est pas défriché, mais on peut quand même vite s’y abîmer. Lucia Puenzo, réalisatrice argentine, signe un premier long métrage bien dessiné, sans fioritures, sans hésitations, comme s’il avait été conçu d’un trait comme on le fait d’une aquarelle marine. On baigne dans l’eau, d’ailleurs. Le monde aquatique sert de symbole, mais aussi d’accompagnateur, d’apaisant, de limites (ou d’infini) physiques ; un choix éclairé pour soulager ce sujet plombé.
Alex a 15 ans, elle est hermaphrodite. Avec ses parents, elle vit dans une maison bleue au bord de la mer, sur la côte uruguayenne. Un couple débarque, avec leur fils de 16 ans, Alvaro. Son père est un chirurgien plastique qui voit un cas médical en la personne d’Alex. La rencontre sensuelle entre les deux ados, les points de vue qui divergent chez les adultes, une fille qui se voit comme un monstre, un village qui va la regarder ainsi… tout déboule en quelques jours. Et on est dans le temps en marche, on sent que chaque geste et chaque parole peuvent avoir des conséquences pour la route à prendre. On en sent l’urgence et l’importance. Laquelle choisir ? L’option médicale socialement acceptable qui n’envisage que deux sexes ou la personnelle, déroutante à vie, qui permet de créer son genre à soi ?
Cette dernière voie, celle du libre arbitre que défend le père d’Alex, est celle qui sera la plus onirique, la moins dévoilée (et pour cause), la plus fragile et la plus difficile. Et c’est celle qui a besoin du support de la mer pour s’exprimer en douceur. Le père d’Alex (Ricardo Darin) se prénomme Kraken, du nom du monstre légendaire, il est biologiste marin, attentif aux bizarreries de la nature et aux tortues blessées. Alex (Inès Efron) se voit comme une créature hors norme, avec un corps qui lui fait peur. D’un côté, la normalisation et de l’autre le trou noir, tout doit basculer. Sirène et triton, elle ne sera bientôt plus sous la protection de son père.
Peu de paroles, parce que trop de pensées et d’anxiété. Mais beaucoup de franchise: le temps n’est pas au qu’en dira-t-on. Voilà un film silencieux qui fait beaucoup de vacarme. Entre tout ce qu’on pense, tout ce qu’on imagine, tout ce qu’on apprend aussi, et le bruit assourdissant de la mer, de l’orage, de la pluie et du vent, c’est un film qui en donne plus que prévu.
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Texte : Louis-Paul Rioux
Mediafilm (www.mediafilm.ca)
Parution : 30 mai 2008
« XXY » Arg. 2007. Drame psychologique de Lucia Puenzo avec Inès Efron, Ricardo Darin, Martin Piroyanski, German Palacios, Valeria Bertuccelli, Carolina Pelereti et Luciano Nobile. 91 min.
Afin de préserver le secret d’Alex, leur enfant de quinze ans né hermaphrodite, Kraken, biologiste marin, et sa femme Suli ont quitté Buenos Aires pour s'installer sur la côte uruguayenne. C'est là que viennent les visiter Erika, une vieille amie de Suli, accompagnée de son mari Ramiro et de leur fils adolescent Alvaro. Très vite, ce dernier est subjugué par Alex, dont les traits féminins dominent grâce à un traitement à la corticoïde. Mais leur promiscuité sexuelle perturbera profondément l'adolescent. De son côté, Kraken, qui a surpris leurs ébats, est également ébranlé, à plus forte raison lorsqu’il apprend que Ramiro est chirurgien esthétique, et qu’il serait disposé à opérer Alex, dont la crise identitaire est plus aiguë que jamais.
Bon sang ne saurait mentir. Fille de l'acclamé Luis Puenzo (L'HISTOIRE OFFICIELLE, OLD GRINGO, qui agit ici à titre de producteur), Lucia Puenzo signe un impressionnant premier long métrage, dans lequel elle aborde avec intelligence et sensibilité un sujet éminemment délicat. Au fil d'un récit d'une fluidité exemplaire, des scènes crues et très troublantes, qui s'imprimeront sur la rétine et dans le coeur des spectateurs, alternent avec des moments plus introspectifs explorant l'identité sexuelle, la tolérance et la recherche du bonheur. Avec une égale subtilité, le film présente deux figures paternelles aux antipodes, l'une empathique et protectrice, l'autre détachée et cruelle. Cela dit, certains personnages secondaires demeurent insuffisamment développés. La réalisation, précise, évocatrice, profite pleinement des paysages côtiers ou sylvestres et du contexte marin, inspirant des métaphores tantôt saisissantes, tantôt évidentes. L'interprétation est très solide, mais c'est surtout la performance bouleversante d'Inès Efron qui restera dans les mémoires.
Cote Mediafilm : 3 (très bon)
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© AQCC 1999-2008 |
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