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There Will Be Blood
de Paul Thomas Anderson |
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Les grandes sagas américaines ne sont pas mortes. À preuve, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, porté par les grands thèmes fondateurs de l’Amérique — l’argent, la famille, la religion, la violence —, a suscité les critiques dithyrambiques de nos confrères états-uniens, certains le qualifiant même de Citizen Kane du XXIe siècle. Comment est-il reçu ici ?
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Texte : Gilles Marsolais
24IMAG (www.revue24images.com)
Parution : 13 janvier 2008
THERE WILL BE BLOOD DE PAUL THOMAS ANDERSON
Le dernier opus de Paul Thomas Anderson, There Will Be Blood, risque de désarçonner ses détracteurs qui ne retrouveront rien de l'univers quelque peu maniéré de Magnolia ou de Punch-Drunk Love. Mais ce sera pour le mieux, pour leur plus grand bien, puisque ce film remarquable, ce morceau de bravoure n'est pas loin d'atteindre au "chef-d'œuvre du siècle" proclamé par la critique américaine et ses fans inconditionnels.
Prospecteur minier sur la côte ouest au début du XXe siècle, qui finira par faire fortune dans l'or noir, Daniel Plainview est l'incarnation même du rêve américain et de son revers, l'appât du gain qui conduit au capitalisme sauvage. Mieux que dans Gangs of New York, par son jeu intériorisé, Daniel Day-Lewis interprète avec une rare subtilité l'aspect retors de ce self-made man, de ce maverick qui s'avère progressivement être un caractériel, voire un véritable monstre qui écrase tous ceux qui s'opposent à la réalisation de son rêve : devenir riche et puissant. L'autre pôle incontournable de la culture américaine, c'est la religion. Donc, autre figure emblématique de ce mythe fondateur de l'Amérique, le preacher qu'il rencontre sur sa route (troublant Paul Dano, à travers sa fragilité même et son ambiguïté, en jeune prédicateur de l'Église de la Troisième Révélation!), tout aussi retors et manipulateur que lui-même, complémentaire reflet insupportable de sa propre vérité, et qui s'impose d'emblée comme un incontournable de ce récit au souffle ample embrassant les grands espaces et les destins hors du commun.
Après une audacieuse présentation de plus de quinze minutes, sans dialogues, du personnage du prospecteur aventurier tout entier centré sur son rêve obsessionnel malgré ses déboires, ce film remarquable, d'une durée inhabituelle (2 h 45), file à la vitesse d'une balle, soutenu par la musique concrète de Jonny Greenwood (Radiohead) et une bande sonore tout en nuances qui ose s'aventurer sur le terrain de l'expérimentation, et a la puissance d'un cours d'eau sauvage (ou d'un brutal jet de pétrole incontrôlable confirmant l'existence d'une nappe souterraine!) charriant avec lui le limon et les toxines. Il est à prendre tel quel, même avec ses excès baroques qui pourront passer pour des imperfections aux yeux de certains. Quoi qu'il en soit, inspiré du roman Oil! d'Upton Sinclair, There Will Be Blood s'impose déjà comme un classique du cinéma américain, au même titre que certains films de George Stevens (Giant), John Huston, Orson Welles (dont Citizen Kane, bien évidemment), ne serait-ce que pour sa formidable étude de caractères et une certaine idée du cinéma qui le traverse.
Mais aussi, la prospection cruelle des apparences, et la réflexion sur les valeurs matérielles et spirituelles que sous-tend ce travail sur la vérité et le mensonge, qui trouve son prolongement chez le personnage du fils sacrifié devenu sourd à l'appel du père, et son point d'orgue dans sa finale démoniaque au cours de laquelle l'idée même de la religion en prend pour son rhume, font de ce film une œuvre résolument inscrite dans la contemporanéité de l'Amérique.
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Texte : Kevin Laforest
Voir Montréal, page 43
Parution : 10 janvier 2008
Mauvais sang
L'action se déroulant dans l'Ouest américain au début du siècle dernier, on pourrait être tenté de décrire There Will Be Blood comme un western. D'autre part, certains éléments du récit s'apparentent au drame familial, voire à la tragédie. Mais plus que tout, c'est devant un véritable film de monstres qu'on se trouve.
Car ne nous leurrons pas, même s'il a visage humain, Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis, au sommet de son art) est un monstre. Derrière une façade relativement avenante, nécessaire afin qu'il convainque les propriétaires terriens de le laisser exploiter leurs gisements, ce prospecteur pétrolier est un être profondément misanthrope qui ne cherche qu'à utiliser ceux qui l'entourent afin de s'enrichir. Plainview est prêt à tout pour arriver à ses fins, incluant se salir les mains, que ce soit au contact de l'or noir... ou du sang.
Alors que Plainview incarne le capitalisme sauvage, l'autre grande force régissant l'Amérique contemporaine, soit la religion, est représentée par un jeune prédicateur (Paul Dano, possédé) qui cherche lui aussi à manipuler ses congénères pour son propre profit. Ceci donne lieu à un spectaculaire combat d'ego entre les deux hommes, chacun tentant tour à tour d'humilier et d'écraser l'autre.
Carburant aux pulsions les plus malsaines (violence, orgueil, envie, avarice, etc.) et à un humour noir comme le pétrole, cette adaptation du roman Oil! d'Upton Sinclair contraste radicalement avec la sentimentalité et l'empathie qu'on retrouvait dans les films précédents de Paul Thomas Anderson (Magnolia, Punch-Drunk Love). Au plan de la forme, le film diffère aussi grandement des autres réalisations d'Anderson, foncièrement urbaines et modernes.
Embrassant les grands espaces et adoptant un langage cinématographique plus près de celui des cinéastes des années 1940 et 1950 que de celui de la génération post-Scorsese, There Will Be Blood est une oeuvre visuellement magistrale, du calibre du Giant de George Stevens. Les vingt premières minutes, dénuées de tout dialogue, sont particulièrement saisissantes.
Soulignons par ailleurs l'apport inestimable de la musique de Jonny Greenwood (le guitariste de Radiohead), à la fois classique et expérimentale, comme si Philip Glass avait composé la musique d'un film de Hitchcock. Enfin, le duel d'acteurs entre Paul Dano et Daniel-Day Lewis atteint des sommets d'intensité qu'on se rappellera longtemps.
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© AQCC 1999-2008 |
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