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Valse avec Bachir
d'Ari Folman |
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Voté meilleur film international de l’année 2008 par nos membres, VALSE AVEC BACHIR confirme l’émergence au cours des dernières années d’un cinéma israélien riche et diversifié. Voici ce qu’a inspiré à certains de nos membres cet étrange film d’animation documentaire.
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Texte : Louis-Paul Rioux
Mediafilm.ca
Parution : 25 décembre 2008
«VALSE AVEC BACHIR» (Vals im Bashir)
Israël - France - Allemagne. 2008. Film d'animation d’Ari Folman. 87 min.
Tandis qu'il écoute le récit des cauchemars récurrents d'un ami avec qui il a fait la guerre du Liban au début des années 1980, Ari, réalisateur israélien, réalise qu'il n'a aucun souvenir de cette époque. Or, le lendemain, il est assailli par une vision: lui-même, jeune soldat, se baignant avec deux compagnons d'armes devant Beyrouth en flammes. Désireux de trouver le sens de cette image irréelle qui le hante, Ari part à la recherche de ceux qu'il a côtoyés durant cette guerre. Au fil des rencontres, remonte à sa mémoire le massacre du camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, perpétré par des phalangistes chrétiens pour venger l'assassinat de leur leader, le président Bachir Gemayel. Mais Ari peine à se souvenir de ses faits et gestes durant ce massacre, que l'armée israélienne n'a pas cherché à empêcher.
D'une rare originalité, VALSE AVEC BACHIR fusionne de façon magistrale animation et documentaire pour illustrer une patiente quête intérieure aux données psychanalytiques fascinantes (la mémoire trouée comme mécanisme de défense, les souvenirs fabriqués de toutes pièces, etc.), doublée d'une charge antimilitariste d'une foudroyante efficacité. Les toutes dernières images, bouleversantes, à la symbolique forte, et sur lesquelles reposent tout le projet esthétique du film, resteront longtemps dans les mémoires. S'ajoutent à cela des échappées oniriques envoûtantes, sensuelles, qui témoignent d'un grand sens de la poésie chez le réalisateur Ari Folman (SAINT CLARA). Si les mouvements des personnages manquent parfois de fluidité, le film est en revanche très riche sur le plan chromatique et fort inventif dans son utilisation des différentes techniques d'animation. En outre, l'accompagnement musical, percutant, ajoute une note d'humour noir et un commentaire d'une ironie implacable à cette oeuvre dense et très dure, qui suscite autant la réflexion que l'effroi.
Cote Mediafilm : 2 (remarquable)
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Texte : Élaine Dallaire
Séquences no 258, p. 47
Parution : Janvier 2009
Quand le dessin animé permet de supporter l’insupportable.
Cette Valse avec Bachir emporte, dans son mouvement, le cinéma d’animation vers des sommets de pouvoir d’évocation et de pertinente sensibilisation politique et humaine. Ce long métrage documentaire animé nous raconte avec une vérité troublante une facette moins connue des conflits armés. La danse de l’oubli qui nous protège des chocs traumatiques.
Dans ce drame autobiographique, Ari Folman réalisateur de films et de séries documentaires Saint Clara (1996), Made in Israel (2001, The material that love is made of (2004), tente de retrouver ce que sa mémoire lui cache depuis plus de vingt ans afin de le protéger contre des souvenirs douloureux. Les cauchemars d’un collègue de bataillon sont le point de départ de cette recherche. Qu’ai-je fait exactement pendant mon service militaire? Étais-je sur les lieux des massacres des camps de Sabra et Chatila? Le manque de réaction de l’armée israélienne était-il justifié? Me suis-je rendu coupable, dans le feu de l’action, d’actes impardonnables en tirant comme un fou?
Intrigué, Folman part à la rencontre d’autres israéliens avec qui il fit son service militaire. Et, bribe par bribe, on découvre ce que des jeunes soldats d’une vingtaine d’années ont pu vivre au cours de ce conflit désastreux de désorganisation. Comme dans bien des situations, la réalité dépasse encore ici la fiction. L’utilisation qu’Ari Folman fait de l’animation est émouvante. En prise de vue réelle, le film aurait été intolérable de violence et de désespoir mais par la qualité du dessin, il nous propose une histoire très près de la bande dessinée qui crée une distance salutaire. Le sujet très grave raconté par les très belles images et le découpage de l’action qui alterne entre entrevues, témoignages et retours en arrière en contexte de guerre nous permettent de ressentir autant la déroute des soldats que l’absurdité d’une telle mission pilotée par des politiciens bien loin du terrain. Le dessin très réaliste frôle la rotoscopie et l’effet de distanciation fonctionne bien. Quelqu’un qui ignore tout de ce terrible massacre de 1982 peut quand même apprécier le récit. La critique de la guerre que fait Ari Folman est malheureusement pertinente pour tous les conflits inutiles qui font rage sur notre planète.
La trame sonore ponctuée de la musique de Max Richter regorge de fantastiques contrepoints. La scène où le commando découvre un jeune Libanais armé d’un lance-roquettes est frappante de ce qu’on peut ressentir comme détachement quand, à vingt ans armé jusqu’aux dents, on se promène dans une jolie forêt par un bel après-midi lumineux. Toutes les scènes aquatiques sont aussi très bien sonorisées et cette valse annoncée nous entraîne dans une émotion terriblement cruelle. Notre mémoire pouvant nous dissimuler des indices dont le son, on a bien soigné les effets sonores et, même si le réalisateur a une formation plus documentaire, on évite aussi de faire trop de place aux dialogues des personnages en entrevues. Il faut toutefois regretter que les témoignages soient souvent montés en classiques « talking heads » sans y jouer avec la poésie générée par le cinéma d’animation. C’est dans le découpage en général que l’on remarque la grande différence avec des longs métrages d’animation traditionnels. Si on compare avec Persépolis (2007) qui traite lui aussi d’un sujet politique dans une trame autobiographique, on peut voir que l’on fait moins de place à la magie dans les transitions et qu’on reste dans une facture documentaire classique. Bridgit Folman Film Gang, qui a supervisé l’équipe à l’animation, en est à ses premières armes et on le sent dans le type de cadrages choisis et dans certaines scènes qui auraient pu être mieux animées. Que ce film d’animation ait été tant remarqué n’est pas une surprise pour le public mature habitué aux nombreux courts métrages d’animation qui ont abordé des sujets aussi sérieux au fil des ans. On comprend ce que le dessin animé donne comme pouvoir d’évocation dans des sujets aussi difficiles. Dommage que le jury de Cannes ait préféré remettre son grand prix à Entre les murs, cet interminable épisode de Virginie, parce qu’Ari Folman arrive à nous sensibiliser sur l’absurdité de la guerre, les chocs post-traumatiques, la mauvaise formation des jeunes soldats et l’assassinat du président de la république du Liban Bachir Gemayel qui entraîna tant de gens dans cette folie meurtrière. Un magnifique film à voir pour ajouter un chapitre supplémentaire à notre lecture des conflits qui détruisent le Moyen-orient. Et un message de résilience pour les soldats du Monde.
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© AQCC 1999-2009 |
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