Polytechnique
de Denis Villeneuve

Fallait-il ou ne fallait-il pas faire ce film ? Devait-on reprocher à Van Sant d’avoir fait ELEPHANT ? La question a suffisamment été débattue dans nos médias. Ce film ne se veut ni catharsis collective ni traité de sociologie. Notre rôle, à l’AQCC, consiste plutôt à porter un jugement sur la qualité artistique du film de Denis Villeneuve ainsi que sur ses choix de mise en scène. Il faut tout de même que quelqu’un le fasse, non ?

Texte : Louis-Paul Rioux
Mediafilm.ca
Parution : 6 février 2009

(4) «POLYTECHNIQUE»
Canada (Québec). 2008. Drame social de Denis Villeneuve avec Maxim Gaudette, Karine Vanasse, Sébastien Huberdeau, Évelyne Brochu, Johanne-Marie Tremblay, Ève Duranceau. 77 min.

Le 6 décembre 1989, un étudiant dans la vingtaine, qui voue une haine farouche aux féministes, surgit à l'école Polytechnique de Montréal armé d'un fusil semi-automatique et abat froidement quatorze jeunes femmes avant de s'enlever la vie. Ces événements tragiques sont racontés du point de vue du tireur fou, puis de Jean-François, un étudiant qui a assisté impuissant à la tuerie en tentant de venir en aide à diverses victimes, et enfin de Valérie, une survivante dont l'existence a été transformée à jamais par ce crime haineux.

S'appuyant sur une rigoureuse recherche auprès des survivants et témoins de cette tragédie qui continue à hanter l'inconscient collectif québécois, POLYTECHNIQUE s'avère à la fois respectueux et percutant dans sa façon d'effectuer un douloureux mais nécessaire devoir de mémoire. Cela dit, le scénario, plutôt mince, a recours à un symbolisme pas toujours subtil (insistantes représentations de la fracture, du chaos) et la conclusion, bien que porteuse d'espoir, devient surexplicative. Denis Villeneuve (MAELSTRÖM) signe une mise en scène impressionniste, dont les images en noir et blanc raffinées créent une salutaire distanciation lors des éprouvantes scènes de violence. Reste que la comparaison avec le ELEPHANT de Gus Van Sant, tant pour le sujet que pour le traitement (travellings élégants et lancinants, points de vue fragmentés) devient inévitable et pas nécessairement à l'avantage du présent film. Dans le rôle du tueur (jamais nommé), l’excellent Maxim Gaudette fait montre de beaucoup de présence malgré un regard vide, détaché, qui devient proprement glaçant. Endossant des personnages fictifs, amalgames d'étudiants ayant vécu le drame, Karine Vanasse et Sébastien Huberdeau offrent des performances très senties.

Cote Mediafilm : 4 (bon)

© AQCC 1999-2009