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Paranoid Park
de Gus Vant Sant |
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Depuis GERRY (2002), on peut sans doute parler d’un « branding GVS », tellement le cinéaste de Portland a imprimé sur le cinéma d’auteur son style, unique, traquant les tourments d’adolescents et de jeunes adultes. Deux de nos membres se penchent sur ce cas, à l’occasion de la sortie de son plus récent film, PARANOID PARK, récompensé à Cannes l’an dernier.
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Texte : Helen Faradji
24 iMAG (www.revue24images.com)
Parution : 6 mars 2008
PARANOID PARK
AILLEURS QU’AU PARADIS, LES ANGES PEUVENT-ILS ÊTRE HEUREUX?
Un nouveau film de Gus Vant, ça s’attend, ça s’anticipe, ça se découvre avec émotion avant d’être dégusté avec bonheur. Parce qu’il y a eu Last Days. Parce qu’il y a eu Gerry. Et puis bien sûr parce qu’il y a eu Elephant. Des films majeurs qui ont, chacun à leur façon, redéfini notre rapport au monde, notre envie de cinéma. Autant dire que la sortie de ce Paranoid Park, adapté du roman de Blake Nelson et présenté au dernier festival de Cannes où il donna l’occasion à son cinéaste d’un prix spécial du 60e anniversaire, était attendue.
Peut-être alors aurait-il fallut ne pas s’attendre à tant, ne pas espérer cette expérience singulière et quasi-mystique pour ne pas sentir cette légère pointe de déception devant Paranoid Park? Peut-être. Mais ce drôle de sentiment que le film ne nous montre rien de si nouveau sous le soleil de Portland est bel et bien là.
Car Paranoid Park, d’une perfection visuelle à couper le souffle, semble en effet manquer de cette distance, de ce recul qui permettaient aux autres films de Van Sant de devenir de magnifiques objets hypnotiques et transcendants. On rétorquera que justement, le film plonge directement dans les états d’âme du jeune Alex (Gabriel Nevins) pour mieux nous faire saisir son envie de s’échapper d’un monde dans lequel il ne sait que faire de ses actions. De ce point de vue, le film est certes convaincant. Terrifiant, même, tant le gamin esquive toute responsabilité, toute culpabilité après son geste fatal pour fuir dans l’indolence. Est-ce cela notre monde? Un endroit flottant, confus, multipliant flash-backs et flash-forwards et ressemblant étrangement à des limbes dans lesquels se seraient égarés des anges?
Reste que ces angelots érotisés, ces errances sublimement rendues, en bref ces obsessions de l’auteur, finissent par tourner à vide. Le boucle est bouclée. Van Sant fait des images ultra-van santiennes s’auto-citant à foison, les fans sont heureux, l’histoire et l’observation atteignant si souvent chez l’auteur une métaphysique restent en rade. Bien sûr, on se délectera tout de même de ces plans, mi 35mm, mi 8mm, si magnifiquement composés, si magnifiquement regardés par le cinéaste et son nouveau bras droit, piqué à Wong Kar Wai, le directeur photo Christopher Doyle. On se laissera notamment subjuguer par une scène de douche à la limite de l’insupportable tant elle est belle. On s’esbaudira aussi des choix musicaux, si surprenants et pourtant si organiques, comme dans ce clin d’œil jouissif à Nino Rota. Mais on n’empêchera pas le soupir de l’amoureux, légèrement déçu de voir ainsi son cinéaste l’emmener en promenade sur un chemin déjà arpenté mille fois, de le voir passer juste à côté de cet état de grâce si magique. L’enchantement ne se commande pas.
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Texte : Rachel Haller
ICI, page 34
Parution : 6 mars 2008
L’éclat de la jeunesse
Dans Paranoid Park, Gus Van Sant poursuit son exploration de l’adolescence. Puissant.
L’adolescence, son flottement, ses errances vont comme un gant à Gus Van Sant. Palme d’or pour Elephant, prix du 60e anniversaire du même festival de Cannes pour Paranoid Park (adapté du roman éponyme de Blake Nelson) et surtout deux films aussi saisissants que sans jugement. D’ailleurs, impossible d’évoquer le second sans faire référence au premier. Dans l’un comme dans l’autre, Gus Van Sant suit littéralement la voie du morcellement. Narration, temporalité, espace éclatent sous la difficulté de se construire comme un tout pour soi et les autres.
Les protagonistes, anges déchus du paradis de l’enfance, déambulent ou plutôt glissent dans un lieu sans prise. La ville, l’école, la maison, les amis, leurs propres incertitudes. Et ils vont buter contre l’irréparable. Il ne s’agit pas de les condamner, mais plutôt de les confronter. Et c’est là que les mouvements s’inversent. Dans Elephant, la toile se tisse pour arriver au centre de l’irrémédiable (jusque dans les trajectoires physiques des personnages). Dans Paranoid Park, les fils se nouent depuis le cœur du délit - Alex, un jeune skateur, tue par accident un agent de sécurité - pour parvenir à la notion diffuse de responsabilité.
De la concentration, Gus Van Sant est donc passé à la diffraction et a malheureusement perdu en intensité. Dans la structure donc, mais aussi dans le traitement. Les cadrages (signés Christopher Doyle, le DOP fétiche de Wong Kar-Wai), les textures, la bande-son (de Nino Rota au heavy metal le plus brut) apparaissent comme des champs d’exploration sans limite, un miroir fidèle du vacillement adolescent. La recherche fascine, mais elle va parfois si loin qu’elle sème le doute de l’artifice. On ne peut toutefois lui en vouloir. Elephant était un miracle et les miracles ne se répètent pas.
Paranoid Park de Gus Van Sant.
Avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu.
Durée: 1h30
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