My Winnipeg
de Guy Maddin

Déjà qualifié de cinéaste canadien le plus déjanté, Guy Maddin se surpasse avec cette ode fantaisiste à sa ville natale : Winnipeg. N’en déplaise à Jean-Claude Labrecque, on se demande ce que ça aurait donné si Maddin était né dans la ville de Québec ?

Texte : Martin Gignac
ICI, page 32
Parution : 3 juillet 2008

Mère et fils

My Winnipeg prouve qu’il est possible de s’amuser follement au Manitoba.

Le plus grand réalisateur canadien du moment n’est pas David Cronenberg ou Atom Egoyan. Il s’agit plutôt de l’iconoclaste Guy Maddin. À la sortie de Brand Upon the Brain!, il réconfortait les cinéphiles déçus de la « normalité » de The Saddest Music in the World. Le revoilà atteindre un nouveau sommet sur le brillant faux documentaire My Winnipeg.

Pour le cinéaste de Careful, la ville de sa naissance n’est pas un des endroits les plus endormants du pays. Bien au contraire. En l’espace de 80 petites minutes, il lève le voile sur des épisodes obscurs de cette région des prairies où les gens sont constamment somnambules et où la neige ne fait que tomber. Il en profite même pour aborder l’éternel thème fétiche de sa filmographie : la mère castratrice.

Brillant metteur en scène, Guy Maddin fait des miracles avec des budgets risibles. Son inspiration lui provient principalement de l’esthétisme allemand des années 1920. Dans sa dernière création, le muet cède le pas à un narrateur omniscient, les images vieillies en noir et blanc laissent échapper des jets de couleurs et la fiction naît d’archives réelles. Il s’agit surtout d’un vrai cinéma magnifiquement stylisé si éloigné des productions télévisuelles ambiantes.

My Winnipeg transcende pourtant la majorité des œuvres de son créateur. Le récit est maîtrisé de la première à la dernière image. Le rythme demeure sans faille et la vision unique de son auteur ne se fait pas au détriment du divertissement. Loin d’être hermétique, le film fascine et déroute immédiatement, surtout lors de ces dédales complètement imprévisibles peuplés de chevaux morts, d’une secte occulte et d’une ville parallèle.

En faisant aimer Winnipeg, Guy Maddin vient de réaliser un exploit. Et en jouant à fond la carte du documentaire fantaisiste, il offre un des opus les plus drôles et réussis de l’année.

My Winnipeg de Guy Maddin. Avec Darcy Fehr, Ann Savage. Durée : 1h20

Texte : Kevin Laforest
Voir Montréal, page 37
Parution : 3 juillet 2008

Dans la tête de Guy Maddin

Lauréat du prix du meilleur film canadien au TIFF en 2007, My Winnipeg est une "docu-fantaisie" où Guy Maddin revisite les fantômes de sa ville natale.

D'emblée, Winnipeg ne nous apparaît pas comme une ville particulièrement intéressante mais, à travers la caméra de Guy Maddin, le plus singulier de tous les cinéastes canadiens, la capitale du Manitoba révèle soudainement une foule de mystères et de curiosités insoupçonnés.

D'un point de vue stylistique à des années-lumière de tous ces téléreportages qui prétendent être du cinéma, My Winnipeg est un documentaire foncièrement original, qui apparaît comme une lettre d'amour-haine adressée par le réalisateur à sa ville. Maddin est clairement fasciné par cet endroit où il a passé la majeure partie de son existence, mais déplore la façon dont sa ville, comme tant d'autres, se voit progressivement amputée de sa couleur locale, alors qu'on démolit les bâtiments historiques et qu'on laisse les fantômes disparaître dans l'oubli.

À travers toute son oeuvre, Maddin s'est fait une spécialité de prendre des choses apparemment banales et de leur donner une portée mythique ou surréaliste, et ceci est particulièrement le cas dans My Winnipeg. En effet, les hivers interminables de la ville des Prairies, ses chemins de fer, ses équipes de hockey disparues et même son défunt magasin Eaton s'avèrent fascinants tels que présentés ici.

Et que dire de ce parc d'attractions assailli par un troupeau de bisons homosexuels, de ce scandaleux concours de beauté mâle présidé par le maire de l'époque ou de ces chevaux de course qu'on a retrouvés, gelés vivants, après qu'ils aient tenté de traverser la rivière Rouge en plein hiver; trop incroyable pour être vrai? On pourrait tenter de séparer le vrai du faux dans l'étrange portrait historique que le cinéaste nous dresse de sa ville, mais l'ambiguïté de la proposition contribue grandement à son charme.

Le film prend par ailleurs la forme d'un hypnotique voyage dans le subconscient de Maddin, où se mêlent rêveries et réminiscences, légendes urbaines et symbolisme freudien, esthétique de film muet (images en noir et blanc, surimpressions, intertitres, etc.) et narration de film noir... Décidément, cette "docu-fantaisie", pour reprendre l'expression utilisée par le réalisateur pour décrire My Winnipeg, ne s'apparente en rien à ce à quoi le genre documentaire nous a habitués!

À voir si vous aimez :

L'Homme à la caméra de Dziga Vertov, Tarnation de Jonathan Caouette, Roger & Me de Michael Moore
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