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Texte : Luc Chaput
Séquences 252
Mannheim–Heidelberg 2007 : Confluence
Quelques années après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, dans une ville allemande encore en reconstruction, un festival est né. Mannheim est au confluent du Neckar et du Rhin et port fluvial important sur ce fleuve, elle est donc depuis longtemps habituée aux échanges comme Heidelberg sa voisine, plus vieille ville universitaire de ce pays. Le festival s'est illustré depuis le début en donnant des prix importants à des réalisateurs débutants tels Truffaut, Varda et Fassbinder.
Pour fêter le 400e anniversaire de la ville, le comité du festival, sous la direction de Michael Kötz -- auteur d'un étonnant long métrage documentaire sur l'histoire de la ville Traumhafte Zeiten - Erzählung einer Stadt --, a décidé de transporter ses pénates sur les bords du fleuve dans un parc, près de l'immense château baroque où est logée l'université, en y installant deux immenses tentes contenant entre autres deux salles de 1000 places chacune, ce qui fonctionna avec succès étant donné le temps doux d'octobre. De plus, le festival s'assura de présenter les films au moins une fois avec sous-titres allemands, ce qui lui amena sûrement plus de spectateurs.
La compétition internationale de dix-sept films, choisis parmi des oeuvres de réalisateurs peu connus hors de leur contrée et sélectionnées en dehors des menus des grands festivals, comportait plusieurs productions intéressantes qui ont pour la plupart mérité des prix, tels Kremen du Russe Alexej Mizgirev fortement inspiré du Taxi Driver de Scorsese qui eut le prix Fassbinder.
Blosband (Mirush) du Norvégien Marius Holst, gagnant du grand prix et Sztuczki (Tricks) du Polonais Andrzej Jakimowski, gagnant du prix spécial de ce jury international, sont deux approches, l'une sombre, l'autre plus joyeuse du même sujet, la rencontre entre un fils et un père hier éloignés par les circonstances. Portée par la forte interprétation du jeune acteur Nazif Muarremi, interprète de Mirush, l'oeuvre de Holst dresse un portrait complexe des traquenards qui guettent les migrants économiques confrontés aux mafias locales. La mise en scène de Jakimowski, employant admirablement la profondeur de champ, sert bien son scénario narrant les coïncidences que suscite un garçon pour ramener dans sa ville un père qu'il ne connaît pas.
Le jury de la Fipresci, dont j'étais président, a quant à lui décerné son prix à Gong yuan (The Park) de la nouvelle réalisatrice chinoise Yin Lichuan, par ailleurs poète, pour son approche sensible et sa mise en scène précise du conflit entre les générations dans un Chine en pleine mutation. Le parc du titre est aussi un lieu de rencontres de personnes âgées qui continuent encore aujourd'hui, comme hier leurs ancêtres, à chercher des âmes-soeurs à leurs enfants. La réalisatrice oppose ce parc spacieux à l'espace clos de l'appartement de Xiaoujun qui héberge son père Gao venu lui rendre visite. La caméra habituellement stable de la réalisatrice devient sautillante pendant quelques minutes pour souligner le désarroi du père confronté au crime dans cette grande ville. Comme à l'habitude, le festival a en plus une section Découvertes où était présenté le film chinois Xi gan dao (The Western Trunk Line) de Li Jixian qui aurait pu se retrouver avantageusement en compétition tant cette évocation de la vie dans une région périphérique où règne la répression ordinaire est organisée de main de maître.
Le festival présenta, dans de très belles copies, certaines oeuvres d'Ingmar Bergman et je pus ainsi revoir avec autant de bonheur Trollflöjten. De voir Die Zauberflôte (La Flûte enchantée) en Allemagne chantée en suédois et lire ainsi des sous-titres allemands pour une oeuvre que Mozart et Schikaneder avaient voulu écrire et jouer dans une langue populaire fut une autre illustration de ce pouvoir de l'art et de cette faculté des festivals à être des lieux de rencontres d'idées, d'émotions et de personnes. Ce festival y réussit aussi par ses Meetings qui permettent de trouver les argents pour lancer ou terminer des films d'art et d'essai. Ils aident ainsi à perpétuer l'esprit de celle qui fut la principale organisatrice de ce festival pendant plus de 20 ans, Fee Vaillant, qui est morte juste après ce festival à l'âge de 91 ans.
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