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Je me souviens
de André Forcier |
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Retour en force de l’inclassable André Forcier qui, après quelques déconvenues, vient nous servir une leçon d’histoire (?) et de cinéma (!)…
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Texte : Philippe Gajan
24 Images no 141, p. 61
Parution : février 2009
Je me souviens d'André Forcier - Si c'est ça, le Québec moderne…
Le film devait s'appeler Némésis, mais entre-temps un film allemand portant le même titre est sorti. Dommage car Némésis est l'ombre puissante qui plane sur le film de Forcier. Avant son entrée en scène, le film monte en régime, avec elle, avec cette géniale trouvaille scénaristique de ne faire parler cette petite fille mutique, née de la vengeance d'une femme bafouée, qu'en gaélique, langue des Irlandais menacée par l'envahisseur anglais, le film se resserre, s'épaissit et s'ouvre au monde. Avant elle, Je me souviens est une chronique populaire, forcément engagée et personnelle, mais tout de même une chronique des années 1940, au temps des syndicats communistes de mineurs en lutte contre la collusion du patronat et de l'Église. Les dialogues qu'espionne la téléphoniste entre Monseigneur Madore et Maurice Duplessis sont savoureux ; on y croise les orphelins de Duplessis envoyés dans la mêlée, à la fois main-d'œuvre asservie et victimes innocentes de cette lutte à finir, et les deux camps s'échangent slogans et bons mots dans cette comédie noire à la Forcier. Comme souvent chez lui, on ne s'ennuie pas tant une idée décapante n'attend pas l'autre, comme par exemple les effets d'un gâteau au laxatif, les « jeux de fesses » ou encore la traîtrise d'une bouteille de champagne. Truculence et humanité sont au rendez-vous dans ce village minier de l'Abitibi en 1943.
Fin de la première partie. Quelques années plus tard… Je me souviens aurait pu dès lors virer au joyeux charivari, et Forcier simplement s'en prendre à cœur joie au duplessisme. Mais autour de Némésis, le film se fait hymne, fable et chant épique, et pleure un Québec orphelin, transfiguré et fantasmé pour l'occasion en une Irlande qui pleure l'Ulster en la personne d'un de ses révolutionnaires en exil volontaire. Le père de Louis, un temps héros de son fils et des syndiqués, a désormais rejoint l'univers des livres de Simon le légionnaire, livre de chevet du garçonnet ; la mère téléphoniste traîne sa peine sans but et sa meilleure amie a épousé le patron un peu dépassé par les événements. Changement de garde, c'est au jeune narrateur Louis, désormais âgé de quinze ans, de reprendre le flambeau. Mais c'est Némésis qu'il tentera de sauver. Le film se concentre sur cette petite fille qui, spontanément, tout d'abord prononce ses premiers mots dans la langue du beau ténébreux arrivé un jour au village pour récupérer l'argent des paris illicites. Némésis lui donnera un but, il lui donnera une langue et une ouverture au monde jusqu'à ce voyage dans la verte Éirinn. Cette partie conserve bien sûr une bonne part de la truculence de l'univers du cinéaste et du rythme fou, fou, fou, du film mais, par le déplacement des personnages principaux en personnages secondaires, par le resserrement du récit autour du destin de la petite fille à l'étrange personnalité, elle y gagne un but, une direction et une ampleur. Avant elle s'amusait des travers de cette petite tribu, sorte de microcosme révélateur d'un peuple volontaire mais qui, plus souvent qu'à son tour, provoque sa propre perte pour retourner dans les oubliettes de l'histoire. Avec Némésis et Liam Hennessy, la comédie se teinte de drame, s'accorde des moments d'émotion plus graves. Némésis regarde sans un geste périr sa mère qui n'aura su la conquérir jusqu'à ses derniers instants. Dans l'imaginaire prolifique de Forcier, le Québec s'évade et prend de la hauteur.
Le cinéma de Forcier a toujours été politique, un brin libertaire : on ne se refait pas quand on a traversé les turbulentes années 1960 et 1970. Mais il ne l'a jamais été aussi explicitement. L'évocation des années 1950 comme toile de fond, nouveauté dans l'œuvre du cinéaste, lui a certainement donné cette distance qui lui permet de sortir du cadre et de renouveler son inspiration. Plus caustique que jamais, il conserve néanmoins ce qui fait la saveur de ses univers, c'est-à-dire des personnages hauts en couleur, habités par la tendresse et l'ironie de ce cinéaste accoucheur. C'est sans doute pour cela que les comédiens aiment ce cinéma et qu'ils lui sont fidèles. Avec un casting à faire pâlir d'envie toute production qui aspire au rang de blockbuster, avec le retour de Roy Dupuis et de Céline Bonnier déjà de l'aventure des États-Unis d'Albert, Je me souviens fait figure de navire amiral de l'Union des artistes. Ajoutons à cela que ceux-ci sont tous impeccables dans leur rôle et on aura une idée de l'énergie que nous communique le film.
Québec 2009, Ré. : André Forcier. Scé. : Forcier et Linda Pinet. Ph. : Daniel Jobin. Mon. : Linda Pinet. Int. : Céline Bonnier, Roy Dupuis, Pierre-Luc Brillant, Gaston Lepage, Rémy Girard, Michel Barrette, Alice Morel-Michaud, Hélène Bourgeois-Leclerc, France Castel, Doris St-Pierre, Julie Dupage, Renaud Pinet-Forcier. Noir et blanc. 88 min. Prod. : André Forcier et Linda Pinet pour Les Films du paria. Dist. : Atopia.
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Texte : Louis-Paul Rioux
Mediafilm (www.mediafilm.ca)
Parution : 6 février 2009
« JE ME SOUVIENS» Canada (Québec). 2009. Comédie dramatique de André Forcier avec Céline Bonnier, Pierre-Luc Brillant, Roy Dupuis, Hélène Bourgeois-Leclerc, Renaud Pinet-Forcier, Alice Morel-Michaud, David Boutin, Julie Dupage, Doris St-Pierre, Charles-Olivier Pelletier.
Abitibi, 1949. Avec la bénédiction de Duplessis, Monseigneur Madore fait embaucher des orphelins à la Sullidor Mining, afin de favoriser l'élection de Richard Bombardier à la tête du syndicat. Mais ce dernier meurt accidentellement juste avant le scrutin. Son remplaçant, peu aimé des orphelins, est battu par le communiste Robert Sincennes, à la grande joie de son fils Louis. Lorsque la mère de ce dernier et une amie font courir le bruit que Richard a été tué par son épouse Mathilde, celle-ci se venge en couchant avec les maris des médisantes pour ensuite publiciser leur infidélité, provoquant leur départ pour la Légion étrangère. Neuf ans plus tard, Mathilde s’éprend d'un révolutionnaire irlandais qui enseigne le gaélique à sa fillette mutique, née de sa nuit d'amour avec Robert, ainsi qu'à Louis, qui rêve du retour de son père.
Après les échecs successifs d'ACAPULCO GOLD et LES ÉTATS-UNIS d'ALBERT, André Forcier revient en meilleure forme avec cette évocation tendre, amusée et très personnelle du Québec de la Grande Noirceur. Les accointances bien connues entre le cabinet de Duplessis, l'Église catholique et le patronat y sont illustrées à gros traits, quoique de manière efficace. Le scénario dense, touffu, imprévisible, est porté par une ferveur nationaliste qui transparaît notamment dans la narration du personnage de Louis devenu adulte, lue par le réalisateur lui-même. Du reste, le film adopte dans l'ensemble un ton plutôt sérieux, discrètement désamorcé par les délicieuses touches d'humour insolite et de poésie si particulières à Forcier. Ce dernier parvient, en dépit d'un budget restreint, à composer des images en noir et blanc très soignées, rehaussées par une musique classique parfois prenante. La distribution, aussi relevée qu'épatante, est dominée par une Céline Bonnier qui mord à belles dents dans son personnage de veuve frivole et de mère indigne.
Cote Mediafilm : 4 (bon)
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© AQCC 1999-2009 |
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