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Flandres
de Bruno Dumont |
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Bruno Dumont frappe encore ! Chacun de ses films offre un regard sans concession sur la dûreté de l’existence chez ceux qui ne sont pas nés dans la ouate. Avec une mise en scène âpre, des comédiens non professionnels et, surtout, sans se plier à l’impératif de plaire absolument au spectateur.
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Texte : Helen Faradji
Arretetoncinema.blogspot.com
Parution : le 10 mai 2007
Du poids des mots au choc des images
Bruno Dumont fait des films qui sentent la terre et la campagne. Pas dans leurs versions folkloriques, Marguerite la vache et colchique dans les près. Non, la vraie terre. Celle qui, mouillée, se transforme en gadoue. Celle où l’on s’allonge pour baiser parce que tout cela est bien naturel.
Dumont fait aussi des films où l’on a mal. Sans le dire. Parce ce que la condition humaine est complexe, touffue et qu’elle ne s’explique pas par de longs discours. Chez Dumont, la pudeur est ailleurs. Chez le cinéaste, on est dans le vrai, le dur, le rugueux, comme on peut l’être parfois chez les frères Dardenne, la chrétienté en moins.
Flandres, son 4ème film, après La vie de Jésus, L’humanité et 29palms, ne fait pas exception. Grand prix du jury du festival de Cannes 2006, Flandres est en effet un film aussi rigoureux que choquant, tenaillé par un absolu de l’art absolument renversant. Dostoïveski ou Bresson ne sont pas si loin.
De retour dans son village natal, Bailleul (déjà pris pour cadre de La vie de Jésus), Dumont y filme avec une puissance impressionnante le quotidien du fermier Demester et de son amoureuse volage Barbe. Mais la guerre, une guerre, n’importe laquelle, appelle les jeunes hommes du village au front (filmé dans l’aridité du désert tunisien). L’un part, l’autre reste, mais tous seront marqués, au fer rouge, par la cruauté bestiale du combat, par ce que ce dernier peut révéler de l’Homme.
La communauté se dérègle et à la manière d’un philosophe, dont il reçut la formation, Dumont filme avec un sens du beau renversant la thèse, l’antithèse et la synthèse de cette histoire d’amour singulière et profondément terrienne. Les âmes, doucement, restent à l’état de concept tandis que l’animalité des corps se déchaînent à l’écran comme pour mieux nous saisir, pour mieux nous rappeler nos conditions d’êtres de chairs et de sang. La beauté maladive du tout glace, l’intériorité des personnages évoquée sans que ceux-ci aient à verbaliser quoi que ce soit, renverse. La concision nette et précise du regard cloue au fauteuil. Les comédiens non-professionnels (Samuel Boidin pour la seconde fois chez le cinéaste et Adélaïde Leroux, magnifiques) existent avec une vérité criante. Âpre, parfois abstrait, faisant s’affronter le choc des images et le poids des idées, Flandres est au cinéma ce que l’art , lorsqu'il refuse la complaisance, sait être à la vie : un choc difficile, mais nécessaire.
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Texte : Louis-Paul Rioux
Mediafilm.ca
Parution : le 11 mai 2007
« FLANDRES» France. 2006. Drame de Bruno Dumont avec Samuel Boidin, Adélaïde Leroux, Henri Cretel, Jean-Marie Bruveart, David Poulain, Patrice Venant. 91 min.
André Demester, jeune fermier flandrien, passe beaucoup de temps avec la belle Barbe, leurs promenades dans les champs culminant souvent sur une étreinte sexuelle. Exaspérée par les longs silences de son amant, la jeune fille, par défi, se donne à d'autres, dont à Blondel. Bientôt, les deux hommes sont conscrits et envoyés à la guerre, où ils rejoignent la même unité. Sur le champ de bataille, les deux soldats et leurs compagnons d’armes mitraillent indifféremment ennemis et civils, allant jusqu’à violer une femme sans défense. Plus tard, pris en embuscade, ils sont faits prisonniers par des proches de la victime. Pendant ce temps, en France, Barbe dépérit en attendant le retour d'André et de Blondel.
Après une parenthèse américaine (le dérangeant TWENTYNINE PALMS, inédit au Québec), Bruno Dumont revient dans son territoire de prédilection, le nord de la France morne et gris, auquel il oppose cette fois les déserts ensoleillés d'un pays arabe non identifié. Cette imprécision délibérée lui permet du reste de livrer, au sein d'un récit épuré et avare de dialogues, une vision quasi abstraite de la guerre, où se donne libre cours la bestialité répugnante d'une humanité stérile, décervelée, en perte de repères moraux. Pourtant, une note d'espoir surgit dans une ultime scène, fort émouvante, entre la jeune fille désemparée et son amant transformé par ses éprouvantes expériences au front. Moins long et plus accessible que LA VIE DE JÉSUS et L'HUMANITÉ, FLANDRES demeure néanmoins fidèle au naturalisme austère de Dumont. Cela dit, les scènes de guerre sont filmées avec une saisissante vigueur, malgré le manque évident de moyens financiers. Les interprètes, une fois de plus non professionnels, s'accordent au ton particulier de cette oeuvre exigeante.
Cote Médiafilm : 3 (très bon)
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© AQCC 1999-2007 |
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