Cruising Bar 2
de Robert Ménard et Michel Côté

Si le cinéma québécois a évolué depuis 20 ans, on dirait que certains s’ingénient à nous servir la même recette qu’autrefois. Hélas, il n’en va pas de même de la cuisine et du cinéma ! S’il ne s’agissait d’une comédie, mieux vaudrait en rire, mais…

Texte : André Lavoie
Le Devoir, page B3
Parution : 27 juin 2008

Le bestiaire de la bêtise

Certains ténors de la haute finance claironnent depuis longtemps que le Québec souffre d'«immobilisme». Malheureusement pour nous, ils se verront offrir, sur un plateau d'argent, un argument massue pour appuyer leur thèse. Ce n'est ni un essai percutant, encore moins un pamphlet au ton ravageur; la chose se nomme Cruising Bar 2 et, par sa seule présence sur nos écrans, démolit en pièces le mythe d'une société en constante évolution et en perpétuelle redéfinition d'elle-même.

Le monde selon Cruising Bar 2, celui que nous présentent Robert Ménard (seul signataire du premier en titre et des séries Le Polock et Jean Duceppe) et Michel Côté (l'acteur qui se démultiplie autant devant que derrière la caméra), semble figé dans un crétinisme flamboyant. C'est celui de la fin des années 1980, théâtre désespéré du premier film basé, à l'époque, sur un concept plutôt original: quatre personnages en quête d'amour incarnés par un seul et même virtuose de l'humour, Michel Côté en l'occurrence. On dit souvent que les temps ont bien changé: l'affirmation possède son fond de vérité, mais elle ne s'applique absolument pas à Cruising Bar 2.

Vingt ans plus tôt, le spectateur québécois faisait mine de ne pas trop se reconnaître devant ces quatre variations, très contrastées en élégance et en tour de taille, du trentenaire dont la vacuité se déclinait de manière «animale». Entre le Taureau, le Paon, le Lion et le Ver de terre, une même constance: ce besoin irrépressible de plaire, de conquérir, de s'affranchir de la solitude ou, tout bêtement, de «scorer», le temps d'une fièvre passagère lors d'un beau samedi soir. Et vous savez quoi? Deux décennies et quelques rides plus tard n'ont jamais réussi à altérer cet univers tapissé de synthétiseurs, de vêtements aux imprimés aveuglants et de décors où le bon goût aurait fui par la porte d'en arrière. Tout cela n'est que le triste reflet de ces cas de figure enfermés dans un congélateur le lendemain de la sortie du premier film pour réapparaître aujourd'hui afin d'encaisser les dividendes de leurs malheurs.

Au lieu du mercantile «2», la mention «bis» aurait décrit avec plus d'acuité les ambitions artistiques des créateurs de Cruising Bar, reprenant une structure, des formules et des blagues millésimées 1989 et, ici, gonflées à l'hélium - le plus timoré des quatre était, jadis, happé par un autobus et, cette fois-ci, par un métro... On semble justifier le recyclage de ces vieilles recettes pour un public qui, supposément, réclamait une suite à grands cris (le même argument nous fut servi pour promouvoir Karmina 2... ). Or, non seulement ces facettes caricaturales de l'homme québécois témoignent (un peu) de l'évolution (très) lente des mentalités, elles illustrent surtout les traits paresseux, et inamovibles, qui affligent la comédie québécoise.

Entre des jeux de mots expurgés de toute forme de subtilité (confondre «tenue de ville» avec «Brésil»... ) et des parties de jambes en l'air bruyantes qui redonnent à Deux femmes en or ses lettres de noblesse, Cruising Bar 2 ressemble à un véritable hoquet cinématographique. C'est en somme le calque d'une idée jadis fort lucrative mais aujourd'hui fossilisée, un petit bestiaire de la bêtise, mais dont la forme se révèle plus désolante que le fond.

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