Un Cri au bonheur

La poésie au cinéma est un fait suffisamment rare pour qu’on le souligne, particulièrement dans le cinéma québécois. Un Cri au bonheur, film collectif sollicitant les talents et l’imagination de 11 réalisateurs aux visions personnelles, nous présente quelques pages lumineuses d’une vingtaine de poètes de chez nous.

Texte : Rachel Haller
ICI, page 39
Parution : 27 septembre 2007

La musique des mots

Musique de l’ineffable, de l’indicible, la poésie rebondit sur les mots, les tord, les malaxe, les accorde, les désaccorde, les sublime. Elle déroule sa langue magique dans tous les temps sans espace. Exhale dans son souffle tous les instants sans limite. Elle est le tout et le rien façonnés au rythme de ses résonances invisibles. Comment alors la transposer à l’écran sans l’asphyxier sous le poids d’une image courtisane ou travestie ?

Dans Extrême frontière, l’œuvre poétique de Gérald Leblanc, Rodrigue Jean dépassait l’écueil en partant du chantre pour arriver à ses mots, de l’union des voix pour saisir leur mélodie. Mais dans Un cri au bonheur proposé par le producteur Michel Sarao, le mouvement s’est inversé. Il a fallu imaginer le verbe. 21 poèmes sur le bonheur confiés au regard de 11 cinéastes. Idée audacieuse, géniale qui a inspiré le pire comme le meilleur dans un film dense et morcelé où chacun cueillera à l’envi.

Pour certains, ce sera l’extravagance désinvolte d’André Forcier, la rigueur délicate de Michel Brault. Pour d’autres, la langue sculptée de Nicole Brossard ou France Mongeau. Ou encore la rencontre insolite d’une image disjointe, disparate ou écho.

Mais pour revenir à la question initiale, laquelle de ces propositions sert le mieux le chant des mots? Sans conteste, celles où l’image accepte de fléchir. Le visage de la poète Kim Doré chuchotant son Bonheur durable, la tête baissée, le cheveu rebelle, dans un seul plan imaginé par Denis Villeneuve. Cet autre visage aussi filmé d’un trait par Marie-Julie Dallaire. Le visage d’une femme (Micheline Lanctôt) qui dévoile peu à peu ses blessures, Rose obscur, rose lent (magnifique texte de Denise Desautels). Ou cette ronde des corps éperdus épousant chaque souffle du Bonheur pour nous… de D. Kimm (une réalisation de Manon Barbeau).

Mais même si la rencontre est belle, riche, prometteuse, c’est encore toujours les yeux fermés que la poésie sait le mieux résonner.

Un cri au bonheur coordonné par Philipp Baylaucq
Durée : 1h31

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