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Ce qu'il faut pour vivre
de Benoît Pilon |
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En voyant « Ce qu’il faut pour vivre », on ne peut que constater une filiation, une communauté d’esprit évidentes, entre les cinéastes Bernard Émond (ici scénariste) et Benoit Pilon, dont il s’agit du premier long métrage de fiction. La sortie de ce film constitue l’un des moments forts de la cinématographie québécoise de 2008.
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Texte : Louis-Paul Rioux
Mediafilm (www.mediafilm.ca)
Parution : 29 août 2008
«CE QU'IL FAUT POUR VIVRE»
Can. 2008. Drame de Benoît Pilon avec Natar Ungalaaq, Éveline Gélinas, Paul-André Brasseur, Guy Thauvette, Vincent-Guillaume Otis, Louise Marleau, Antoine Bertrand, Denis Bernard, Luc Proulx. 102 min.
En 1952, Tivii, chasseur inuit atteint de tuberculose, quitte la Terre de Baffin et sa famille pour aller se faire soigner dans un sanatorium de Québec. Sans repères, ne comprenant pas le français, l'autochtone fugue mais est bientôt retrouvé dans une cabane, épuisé. De retour à l'hôpital, il refuse de s'alimenter et exprime son désir de mourir, ce que son médecin ne peut accepter. Sommée de trouver un moyen de le faire manger, l'infirmière Carole décide de transférer au sanatorium Kaki, un orphelin inuit qui, ayant été élevé par des Blancs, peut servir d'interprète à Tivii. Au contact du jeune garçon, le chasseur reprend goût à la vie et guérit peu à peu. Il en vient alors à caresser le projet d'adopter Kaki, afin de lui redonner un foyer ancré dans sa culture d'origine.
Documentariste chevronné (ROGER TOUPIN, ÉPICIER VARIÉTÉ, DES NOUVELLES DU NORD), Benoît Pilon entre par la grande porte du long métrage de fiction en portant à l'écran un scénario de son talentueux confrère Bernard Émond (LA NEUVAINE). Si les préoccupations spirituelles, sociales et morales de ce dernier, de même que son style épuré, sont tout naturellement présents ici, on retrouve au premier chef la sensibilité, l'empathie et le regard attentif propres à Pilon, dans cette oeuvre belle et humaine sur le devoir, l'entraide et la transmission de l'héritage culturel. Évitant tout manichéisme, les auteurs dessinent finement le contexte historique et social du récit. Le rythme mesuré ménage de subtiles ellipses, ainsi que des plans majestueux des étendues enneigées du territoire inuit, projections mentales du nostalgique chasseur tuberculeux. Celui-ci est incarné de façon remarquable par Natar Ungalaaq (ATANARJUAT - L'HOMME RAPIDE), entouré de partenaires au jeu fort crédible.
Cote Mediafilm : 3 (très bon)
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Texte : Marco De Blois
24 Images, no 138, page 59
Parution : septembre 2008
CE QU’IL FAUT POUR VIVRE, de Benoit Pilon
Un tableau mémorial
24 images a commencé à s’intéresser au travail de Benoit Pilon en 1987, alors que celui-ci venait de réaliser un court métrage de fiction prometteur à l’Université Concordia, La rivière rit. Son moyen métrage suivant, Regards volés (1995), confirmait qu’il fallait surveiller le jeune cinéaste. Puis, contre toute attente, celui-ci a décidé de s’orienter vers le documentaire, signant quelques-uns des succès critiques et publics du documentaire québécois des dernières années, dont Roger Toupin, épicier variété (2003).
Premier long métrage de fiction de Pilon, Ce qu’il faut pour vivre narre l’histoire d’un Inuit (Tivii) déplacé dans un sanatorium de la ville de Québec dans les années 50 pour y recevoir un traitement contre la tuberculose. Isolé, loin des siens, cet homme venu d’ailleurs ne connaît ni la langue, ni les coutumes d’une société qui essaie tant bien que mal de l’accueillir et de le comprendre. Le film tend à rompre avec la démarche de proximité affectionnée par le cinéaste dans ses documentaires. Par exemple, dans Rosaire et la Petite-nation, Pilon rendait visite à son grand-oncle. Roger Toupin, épicier variété et Nestor et les oubliés ont été filmés dans son quartier, juste en face de chez lui. Pour Des nouvelles du Nord, Pilon avait commencé à affronter l’éloignement en se rendant à Radisson près de la baie James. Dans Ce qu’il faut pour vivre se multiplient avec plus d’insistance les signes de l’ailleurs : le film a en effet été tourné à Québec et se déroule dans cette ville à une époque que n’a pas connue le réalisateur, né en 1962. De plus, Pilon se mesure ici à un scénario que lui a offert le cinéaste Bernard Émond.
Pourtant, ces nouveaux développements dans l’œuvre de Pilon ressemblent aussi à un retour aux origines, car c’est précisément le thème du regard sur l’autre que celui-ci abordait dans Regards volés. De plus, on retrouve dans Ce qu’il faut pour vivre un humanisme affable et attentionné comparable à celui de ses documentaires. Tivii est en effet un proche parent des individus décalés que le réalisateur a filmé avec empathie.
Le scénariste s’est appuyé sur son expérience de travail dans le Grand Nord pour écrire ce scénario inspiré d’un événement véridique ayant touché le peuple inuit. Son influence – la justesse du regard de l’anthropologue – apparaît avec évidence dans la description minutieuse des situations qu’entraîne la transplantation d’un individu dans un environnement qui lui est étranger et où il est incapable de communiquer. Pilon s’est emparé de ce matériau en faisant preuve de retenue dans la mise en scène et d’une déférence respectueuse à l’égard des personnages. Du coup, le film n’est pas une charge contre les errances d’une administration publique ou le racisme d’une société; les personnages, c’est-à-dire les patients, les médecins, les prêtres et les infirmières, tentent ici de faire de leur mieux dans un contexte où les possibilités de s’ouvrir à l’autre sont semées d’embûches.
La façon un peu hiératique qu’a Pilon, dans ses documentaires, de représenter l’« ordinaire » – cette mise à distance respectueuse qui a comme résultat de transfigurer les êtres – déteint sur l’esthétique de Ce qu’il faut pour vivre. L’apport du directeur photo Michel La Veaux, acolyte de longue date de Pilon, est sur ce point décisif. La Veaux compose ici des cadrages rigoureux en format 2:35 (Cinémascope) dans lesquels la lumière a une fonction symbolique (elle s’immisce de façon à rappeler le pays gorgé de lumière qu’a dû quitter Tivii). L’œuvre possède sans conteste un ton solennel, ayant parfois l’apparence d’un tableau mémorial dans lequel le passé est à la fois documenté et immortalisé.
Ce qu’il faut pour vivre ouvre de nouvelles perspectives dans le travail de Pilon tout en faisant le lien avec dix années de pratique documentaire. La dignité des êtres est ici le mot clef. De fait, le respect avec lequel Pilon tournait sa caméra vers les Rosaire, les Roger et les Nestor est inséparable de sa façon de mettre ici en valeur les acteurs. Le réalisateur se montre habile à aller chercher une émotion juste et à la transmettre jusqu’au spectateur. Dans le rôle du personnage profondément attachant qu’est Tivii, Natar Ungalaaq, connu pour son travail avec Zacharias Kunuk (Atarnarjuat et The Journals of Knud Rasmussen), fait ainsi preuve d’un naturel et d’une exactitude remarquables et constitue l’une des grandes révélations de ce film.
Québec. 2008. Ré. : Benoit Pilon. Scé. : Bernard Émond, Benoit Pilon. Ph. : Michel La Veaux. Son : Gilles Corbeil, Dominique Chartrand, Martin Allard, Hugo Brochu, Luc Boudrias. Mus. : Robert Marcel Lepage. Mont. : Richard Comeau. Dir. Art. : Normand Sarrazin. Int. : Natar Ungalaaq, Éveline Gélinas, Paul-André Brasseur, Vincent-Guillaume Otis. 103 min. Couleur. Dist. : Les Films Séville.
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Texte : Luc Chaput
Séquences no 256
Parution : septembre 2008
Chaleur humaine
L'affiche d'Inuujjutiksaq, pour prendre son titre en inuktituk, montre un Inuit à côté d'un inukshuk, sur une butte dans la toundra du Nord canadien. Le fond est couleur soleil couchant. L'Inuit connaît le coin ou au moins a une idée sur ce à quoi l'empilement artificiel de pierres,semblable à une figure humaine, sert de repère. Il est en milieu connu, capable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.
Lors d'une visite médicale sur un brise-glaces canadien, dans les années 50,Tivii apprend qu'il a la tuberculose et est séparé brutalement de sa famille qui est renvoyée sans ressources à terre sur leur île perdue dans l'Océan Arctique ou dans un des nombreux détroits ou baies qui le jalonnent. Il est mis en quarantaine et l'on ne lui explique pas beaucoup de choses par le biais d'un interprète. La mise en scène du début du film frappe par sa dure rapidité, spécialement de la part de Benoit Pilon, spécialiste des regards posés et documentés sur une réalité changeante.
Tivii est acheminé dans ce bateau devenu clinique à Québec et la caméra nous fait participer, dans le voyage en auto, à son étonnement devant le paysage urbain, les maisons et la nature plus luxuriante que dans le Nord. À l'hôpital, certains spectateurs ne se trouveront pas mieux traités aujourd'hui que lui alors au moment de l'accueil. La chambrée contient des personnalités assez typées dont l'une, Roger, interprété par Antoine Bertrand, ressemble en plus bourgeois à son personnage des Bougon. D'autres sont plus taciturnes tels l'horloger et l'un, Joseph, a une familiarité spirituelle et de caractère avec Roger Toupin mais la plupart participent des taquineries gentilles ou plus malveillantes qui accueillent le nouveau dans un groupe où il doit rester. Le nouveau Tivii est en plus un étrange, comme on disait encore alors pour désigner les étrangers, même si dans ce cas, l'étranger est autochtone de ce pays.
Bernard Émond fut d'abord anthropologue et travailla à l'IBC (Inuit Broadcasting Corporation) avant de connaître la célébrité par des réalisations de documentaires et fictions socialement ancrés dont 20h17, rue Darling. Il a construit, avec son talent certain de scénariste, ce récit basé sur des faits historiques où un homme perd sa volonté de vivre, de combattre la maladie parce qu'il n'a plus ses points de repère et qu'il n'est plus père nourricier pour les siens. La mise en scène de Benoît Pilon, par son usage judicieux des images de la nature que voit en rêve l'Inuit et par son épisode de la fuite où Tivii n'a même plus la notion des distances réelles dans le Sud, nous fait partager l'angoisse de son personnage principal qui, incarné avec son mutisme et son regard perçant par Natar Ungalaaq, hier Atanarjuat dans le film éponyme de Zacharias Kunuk 1, acquiert une humanité universelle. Éveline Gélinas et Guy Thauvette incarnent avec justesse les deux pendants de la pratique médicale faite de science et compassion. Louise Marleau, dans un rôle de religieuse directrice, en quelques scènes, nous fait regretter sa parcimonieuse présence dans les films québécois. Paul-André Brasseur incarne avec doigté Kaki, jeune Inuit bilingue inuktitut-français, atteint de tuberculose et qui trouve auprès de Tivii la figure paternelle qu'il n'a pas connu. Michel La Veaux, directeur photo habituel de Toupin, capte avec une égale maestria les paysages nordiques dans des tons plus chauds et les lieux urbains avec ces mutiples constructions dans des nuances plus froides qui nous font partager l'éloignement de Tivii loin des siens.
À partir de ce cas d'espèce tiré d'un épisode peu connu de notre histoire assez récente, Émond, en écrivant une oeuvre qui aurait pu faire suite à La Neuvaine, a offert à Pilon une autre possibilité de parler avec art d'entraide, de solidarité et aussi du temps qui passe comme dans ses meilleurs films: Roger Toupin épicier variété ou Rosaire et la Petite-Nation.
1- Les productions Igloolik Isuma dirigées par Norman Cohn et Zacharias Kunuk ont réalisé en 1999 une télésérie docu-fiction appelée Nunavut sur la vie des Inuits dans les années 40.
Canada [Québec] 2008, 103minutes – Réal.: Benoit Pilon – Scén.. : Bernard Émond, Benoit Pilon – Images : Michel La Veaux – Mont. : Richard Comeau – Mus. : Robert Marcel Lepage – Son : Hugo Brochu, Martin Allard, Gilles Corbeil, Dominique Chartrand – Dir. art. : Normand Sarrazin – Cost. : Francesca Chamberland – Int. : Natar Ungalaaq (Tivii), Éveline Gélinas (Carole Savoie), Paul-André Brasseur (Kaki), Vincent-Guillaume Otis (Joseph), Antoine Bertrand (Roger), Guy Thauvette (le dr. Montpetit), Louise Marleau (soeur Luce), Luc Proulx (l'horloger), Denis Bernard (le père Millaire) – Prod.:Bernadette Payeur, René Chénier – Dist. : Séville
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© AQCC 1999-2009 |
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