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Ben X
de Nic Balthazar |
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Acclamé par la plupart de nos critiques et le public au dernier FFM, BEN X arrive sur nos écrans. Déclenchera-t-il les mêmes passions lors de sa sortie commerciale ? Quoi qu’il en soit le premier long métrage de Nic Balthazar touche à des sujets forts sensibles et le tout est livré selon une facture plutôt originale. Certains de nos membres se prononcent.
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Texte : Gilles Marsolais
24 Images, no 136, p. 62
Parution : mars-avril 2008
Ben X de Nic Balthazar
La marginalité malmenée
Il y a longtemps qu'un film ne s'était imposé avec une telle force par la pertinence de son contenu, en prise directe sur les nouvelles réalités de notre temps, et par l'évidence de ses qualités de réalisation sur tous les plans, intégrant notamment les nouvelles technologies du Web. Ben X, génial premier film du Belge Nic Balthazar, ancien critique de cinéma, nous rive à notre siège par sa maîtrise absolue, par sa façon de rendre compte des effets dévastateurs du harcèlement psychologique (et physique) chez un jeune autiste en intégrant au dispositif du cinéma avec une habileté déconcertante les codes et l'esthétique des jeux vidéos en ligne. Loin d'être un simple exercice de style comme on l'a vu chez d'autres cinéastes qui ont exploré cette avenue du jeu vidéo (mais sans interrelations avec le cyberespace), la dualité technique et langagière qu'implique ce rapprochement s'inscrit ici au cœur même du drame. Elle en est l'essence même, et le génie du réalisateur est d'avoir réussi à les fusionner, littéralement, afin de scruter de l'intérieur les remous de cette marginalité harcelée et sans défense.
D'emblée, le film s'ouvre sur un jeu vidéo en ligne: il est, plein écran, ce jeu vidéo qui tout du long servira de fil conducteur et de relais diégétique, déclencheur des développements du drame. Ce dispositif, couplé à d'autres technologies récentes issues d'Internet et de sa culture (texto, chat, webcam) avec ses dérives : cybersexe, cyberharcèlement, happy slapping (bagarres provoquées et captées en direct sur un portable pour être aussitôt diffusées sur le Web), ne sert surtout pas de prétexte à quelque intrigue pétaradante d'un autre « film d'ados » ; il se révèle plutôt comme un instrument d'exploration privilégié de la psyché de cet adolescent et un moyen efficace d'illustrer allégoriquement ses réactions face aux situations d'humiliation et de harcèlement dont il est l'objet de la part de ses camarades de classe. La hauteur de vue non moralisatrice adoptée par le réalisateur confirme que son propos déborde largement l'examen de ce cas précis : il renvoie à l'importance du spectre autistique dans notre société, qui a gagné en étendue et en importance depuis l'apparition et le développement fulgurant de la sphère Internet, avec ses bons et ses mauvais côtés, dont l'isolement qu'entraîne trop souvent, ironiquement, ce moyen de communication incontournable. L'autisme de Ben, qui le prédispose à percevoir le monde extérieur comme une agression, et sa fuite dans la réalité virtuelle comme seul moyen de défense où il peut espérer être promus héros sont donc une métaphore de notre société, et son cheminement vers l'idée du suicide correspond autant à une réalité sociologique, qui a atteint des proportions épidémiques à travers la planète, qu'à une logique narrative implacable. Bref, tous les éléments de ce film magistral sont consubstantiels, et ils semblent couler de source avec une fluidité remarquable. Aussi, aucune fioriture ne vient altérer l'ensemble, pas même la rencontre de Ben avec une partenaire de jeu bien en chair, Scarlite, projection à peine fantasmée issue de cette réalité virtuelle, qui réussit à s'introduire dans l'univers impénétrable de Ben pour remettre en question ses stratégies de jeu et de défense, et aucun effet n'est souligné qui viserait à faire passer maladroitement un message. Même sa finale, qui volontairement laisse matière à discussion, témoigne d'une même maîtrise diabolique, en revisitant la fameuse notion de happy end.
Les nouvelles technologies sont en train de transformer radicalement le septième art, qui pourrait n'avoir été qu'un phénomène propre au XXe siècle avec ses règles établies et son langage codifié, s'accomodant au passage de quelques écarts de narration qui ont défini sa modernité ou sa dimension novatrice auxquelles les meilleurs cinéastes ont souscrit, leurs œuvres constituant les repères indispensables de sa trop courte histoire. Cette mutation se vérifie jusque dans l'acte même de la lecture du film, s'alimentant de la confusion entre le monde réel et le monde virtuel. Mais ici, plus encore, en amont, le réalisateur a osé intégrer à son film des scènes entières qu'il a réalisées à l'intérieur d'un jeu vidéo en ligne, allant même - là est la nouveauté - jusqu'à diriger, en vrai metteur en scène, les personnages virtuels de ce jeu (Archlord, de Codemasters) qui étaient eux-mêmes animés par de véritables joueurs. La magie d'un montage exceptionnel a fait le reste, fusionnant, même sur le plan musical, cet univers virtuel avec des scènes d'action réelles pour aboutir à un résultat époustouflant. Comme en son temps Citizen Kane est venu bousculer le langage cinématographique figé dans sa codification sans pour autant faire ombrage aux œuvres fortes qui lui ont succédé, à sa façon Ben X s'impose d'emblée comme un film-phare annonciateur de ce que sera le cinéma du XXIe siècle.
Belgique 2007. Ré. et scé. : Nic Balthazar. Ph. : Lou Berghmans. Mont. : Philippe Ravoet. Mus. : Praga Khan. Int. : Greg Timmermans, Laura Verlinden. Dist. : Equinoxe.
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Texte : Élaine Dallaire
Séquences, no 253, p. 40
Parution : mars-avril 2008
BEN X
Prise de conscience
Primé à l’été 2007 au festival des films du Monde de Montréal, le premier long métrage de Nic Balthazar est une œuvre touchante pour qui s’intéresse à l’autisme, aux jeux vidéo et aux douleurs de l’adolescence. Ce film utile qui mélange la fiction, le traitement documentaire et l’animation fut la proposition Belge pour les Oscar de cette année. Une production de qualité, inspirante aussi pour sa valeur éducative.
Timide, renfermé et secret, Ben est la tête de Turc de son école. Victime de ses pairs, constamment dénigré, objet de risée, il se réfugie dans le monde du jeu virtuel Archlord où il domine les classements. Ce grand adolescent y vit ses émotions fortes, réalise ses rêves et savoure ses victoires par le biais de son alias, un chevalier aux pouvoirs exceptionnels. Ses parents ne savent plus comment le ramener dans le monde réel qui a si peu de positif à lui offrir. Ils sont souvent les victimes de ses crises de colère et se sentent terriblement désemparés devant son mutisme. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Ben n’est pas un extra-terrestre mais bien la représentation de nombreux jeunes garçons qui, écrasés par les exigences de la société moderne, préfèrent se réfugier dans un monde mieux adapté à leurs besoins. Un univers où ils peuvent intervenir, réagir et obtenir du succès.
Cette œuvre de fiction est la première réalisation de Balthazar pour le grand écran. C’est aussi un premier rôle pour Greg Timmermans au cinéma. Et quelle prestation ! On découvre un acteur sensible et nuancé qui nous propose une interprétation très juste des émotions liées à ce type de situation. Timmermans ne tombe pas dans les clichés de crises de nerf ou de pleurs à outrance, son jeu reste très intérieur et tout à fait crédible. Le réalisateur touche-à-tout, qui adapte ici pour le cinéma le roman qu’il a publié en 2002, a très bien su diriger sa jeune recrue.
Présenté sous la forme d’un documentaire, Ben X nous montre les témoignages des parents, des professeurs et d’autres professionnels qui nous décrivent le parcours de Ben et ses problèmes émotionnels. Le long métrage devient alors très instructif et plusieurs parents seront touchés par les malaises qu’ils reconnaîtront chez leurs jeunes, qu’ils soient victimes de taxage, d’intimidation ou encore légèrement autistes. Un film à présenter dans toutes les écoles secondaires afin d’encourager une prise de conscience chez les adolescents sur les dommages pouvant être causés par des blagues parfois bien cruelles. La scène où des jeunes décident pour rigoler de lui donner de la drogue est particulièrement bien filmée. Ben, habitué à sublimer sa vie, ne comprend pas pourquoi la réalité lui échappe soudainement sans son consentement.
Le montage du film est efficace. On a bien intégré à ce mélange de fiction tournée en 35mm et de témoignages filmés en HD, les animations du jeu vidéo Archlord. Baltazar a demandé à six joueurs de faire une partie en réseau, le tout a été enregistré sur disque dur puis intégré au film. Ces images deviennent objet de fascination pour Ben. Jouant via l’Internet, Ben peut enfin être quelqu’un d’autre et, il est si bien dans cette peau virtuelle, qu’il ose même donner rendez-vous à sa belle princesse Scarlite. Cette scène de la gare nous fait comprendre les dilemmes qui hantent l’esprit de Ben et nous démontre tous les tourments de cet être hyper sensible.
La musique du duo Praga Khan vient ponctuer les scènes avec soin. Ce groupe belge, adepte de techno et très joué dans les raves, a aussi réalisé la musique du populaire jeu vidéo Mortal Combat. La trame sonore contient aussi des musiques du groupe alternatif belge dEUS, du chanteur originaire d’Ostende Arno et des musiciens islandais de rock atmosphérique Sigur Ros. Espérons que cette bande son saura bien vieillir. Souvent en utilisant de la musique à la mode on date beaucoup trop un film.
Ben X fera donc découvrir au public Québécois une explication différente de ce besoin essentiel pour certaines personnes de se retrouver dans un monde imaginaire. Il touchera les jeunes par la justesse du ton et la prestation de Greg Timmermans et de ses deux principaux tortionnaires. Les parents seront émus devant autant de souffrance. Et souhaitons que la vie de ces gens différents sera un peu plus simple à l’avenir.
BEN X – Belgique 2007, 90 minutes – Réal. : Nic Balthazar – Scénario : Nic Balthazar, d’après son roman Il ne disait rien du tout et sa pièce Rien – Phot. : Berghmans - Mont. Ravoet – Mus. Praga Khan - Son : Peter Flamman – Dir. Art. : Kurt Loyens – Cost. : Heleen Heintjes - Int. : Greg Timmermans (Ben), Laura Verlinden (Scarlite), Marijke Pinoy (mère), Pol Goossen (père), Titus De Voogdt, Maarten Claeyssens – Prod. : Peter Bouckaert et Erwin Provoost - Dist. : Équinoxe
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Texte : Juliette Ruer
24iMAG (www.revue24images.com)
Parution : 10 avril 2008
BEN X DE NIC BALTHAZAR
Dans le dossier de presse de Ben X, la lettre de présentation du réalisateur Nic balthazar est longue, sincère, un rien lyrique, mais elle explique la genèse de ce film.
On y apprend que Nic Balthazar est une célébrité en Belgique. Critique de cinéma et animateur flamand, il a écrit il y a 10 ans un livre pour les adolescents qui ne lisent pas. Et ce livre raconte un fait qui l’a marqué, l’histoire de Tim, un garçon légèrement autiste de 17 ans, constamment harcelé, qui finit par se donner la mort. Nic Balthazar va adapter son livre pour le théâtre, et ça deviendra Niets (Rien), une pièce à succès. 250 salles combles. Le cinéma était la suite logique des choses : Il a donc réalisé Ben X, son premier film, qui brode sur l’histoire du jeune Tim. L’aventure ne s’arrête pas là : avec Ben X, Balthazar a gagné le grand prix des Amériques, le prix du public et le prix oecuménique du dernier Festival des films du monde. Et on l’a approché pour un remake aux États-unis.
Une corde sensible a été touchée pour rouler ainsi, avec autant de succès. Plus qu’une façon de faire. Car Ben X est un film pédagogique qui va étaler les plus sincères intentions du monde avec l’effarement du naïf, comme si le film cochait tous les travers pour ne pas en oublier un. Suicide des jeunes ? Harcèlement ? Drogue ? Isolement ? Incompréhension ? Divorce ? Acceptation des différences ? Agressivité ? Désarroi du corps enseignant ? Tout y est, autant dire qu’on nous présente un manuel de moralité à l’usage de ceux qui n’auraient pas encore compris le monde. "Toi, le jeune, écoute-moi…"
Ben X mélange narration, reportage télé et jeu vidéo. Ces insertions virtuelles sont bien faites, mais tout est bien fait de nos jours. Et le suspense qui tourne autour d’un plan de Ben va finir par plomber le récit. On regrette qu’un héros si fragile n’ait pas mérité plus de finesse…
Or, malgré un film lourdaud, reste que la corde sensible a été touchée ! Pensée positive : c’est dire que le suicide et le harcèlement ne passent pas forcément inaperçu. C’est plutôt bien.
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© AQCC 1999-2009 |
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