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Texte : Rachel Haller
ICI
Parution : 12 juillet 2007
L’éternel intranquille
Belle toujours, un magnifique hommage à Buñuel signé Manoel de Oliveira
Belle toujours de Manoel de Oliveira, avec Michel Piccoli et Bulle Ogier.
Durée: 1h10
Qu’est-il advenu de Séverine et Husson, les personnages du chef d’œuvre de Buñuel, Belle de jour? Elle la prostituée par (re)pulsion et lui le libertin par ennui. Quarante ans plus tard, Manoel de Oliveira les imagine. Elle (Bulle Ogier, Catherine Deneuve ayant déclaré forfait), Belle toujours, lui (Michel Piccoli) avec un sourire mi-cynique, mi-amusé pour seul souvenir d’un panache défunt. Ils se rencontrent dans un Paris intemporel. Il la traque, elle le fuit puis se laisse attraper. Il doit lui révéler le secret d’une vie. A-t-il dévoilé ses frasques au doux mari?
On n’en saura rien. Le grand Manoel n’a pas traversé un siècle de cinéma pour tomber dans pareil piège. D’ailleurs Belle toujours n’est ni un acte de mémoire, ni une tentative d’éclaircissement. C’est une œuvre en soi -Buñuel s’y trouve plus objet de l’hommage que sujet- à placer dans le tout Oliveira: décors symétriques, plans de statue, lenteur…. C’est aussi une œuvre de l’opposition. Opposition des clairs et obscurs, des espaces ouverts et fermés, de la distance et du rapprochement. Opposition encore de l’exégèse radicale (Husson circonscrit les actes passés de Séverine dans un cercle de sado-masochisme) et du mystère le plus total (le vrai moteur de la perversion et ses conséquences), de l’immuable et de l’éphémère.
Ce mouvement de va-et-vient prépare le duel final, la fameuse rencontre entre Séverine et Husson. Mais le duel n’a pas lieu. Les fourchettes crissent, les gorges déglutissent, les paroles, elles, butent contre le mur du temps. Les corps, trop fatigués, ne connaissent plus la tempête. C’est à l’âme de prendre le relais. Séverine s’y attelle, elle n’a pas dit son dernier mot. Tout comme Manoel de Oliveira qui à presque cent ans prépare son nouveau film!
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